Tout citoyen est soumis à un flot continu d’informations, parfois contradictoires, souvent partielles ou partisanes. Dans l’œil du cyclone, le secteur agricole semble aujourd’hui accusé de tous les maux de la terre, au sens propre comme au figuré.
Au-delà de toute réflexion de fond, les enjeux politiques, sociétaux et environnementaux orientent souvent les débats. Il faut être « pour » ou « contre », sans savoir toujours pourquoi ou sans vraiment oser le dire. Tenter une approche globale ou scientifique est déjà suspect et « not politically correct ».
Loin de toute attitude dogmatique, Bayer CropScience souhaite apporter sa contribution à une réflexion objective, dépassionnée et pragmatique.
Le retrait de cette liste de molécules est le résultat de décisions de l’Union Européenne et de la France déjà anciennes, et qui devaient être obligatoires pour la plupart des molécules fin décembre 2008.
En fait, on ne fait, au mieux, qu’avancer un peu le délai de retrait du marché.
Mais, au-delà de l’effet d’annonce, j’ai ressenti dans le discours de Nicolas Sarkozy à l’issue du Grenelle, une forte motivation sur les pesticides, plus que sur les autres points.
Nous sommes dans la ligne de ce qui a été annoncé. Maintenant reste à voir comment cela va s’appliquer. Certes, il ne faut pas mettre les agriculteurs dans une impasse sur les cultures mineures.
Mais, si le produit concerné présente un danger grave et avéré, on ne le met pas en marché, quel que soit le problème économique. C’est une chose qui me tient vraiment à coeur.
Sinon, nous proposons depuis longtemps la mise en place d’un système d’ordonnance, par la Protection des végétaux, et non par les marchands, pour encadrer des usages bien précis.
Les produits concernés, qui avaient tous été homologués en tenant compte de leur phrase de risque, sont retirés sur un critère nouveau, celui de la toxicité.
Il s’agit de rassurer, dont acte. Mais il ne faudrait pas faire abstraction de la fonction numéro un des phytosanitaires : protéger les cultures.
Ce retrait est un signe fort donné à la société civile, sous réserve d’une reprise de l’homologation de nouvelles substances qui vont dans le sens d’une diminution des impacts sur l’environnement.
Or Bayer CropScience n’a reçu qu’une homologation en 2007 en France, contre 4 en Allemagne.
Le risque est d’appauvrir le réservoir de solutions mis à la disposition des agriculteurs, alors que le parasitisme évolue et que l’alternance des matières actives est nécessaire.
On risque, sinon, de limiter les récoltes en qualité comme en quantité.
Supprimer 30 molécules, c’était le plus facile à faire. Mais maintenant, que se passe-t-il sur le terrain ? Cela, personne n’en parle !
Dans un certain nombre de cas, et ils sont nombreux en maraîchage, il n’y a plus de solutions pour protéger les plantes. Car ce sont des micros marchés, comme les crosnes, la mâche, l’échalote, pour lesquelles les firmes ne déposent pas de dossiers d’homologation, trop coûteux.
Quant aux méthodes alternatives, quand seront-elles disponibles ?
En attendant, des cultures risquent de disparaître en France et d’être remplacées par des importations. En Suisse, en Allemagne, des prolongations d’usage ont été octroyées. Un principe de réalité que j’aimerai bien voir appliquer en France.
Depuis des décennies nous faisons notre métier en professionnels, garantissant la qualité par des contrôles, des analyses.
Il faudrait manger plus de fruits et légumes, certes. Mais alors qu’on conserve les moyens de produire en quantité et en qualité.
Le plus mal vécu, dans tout cela, c’est que l’on ne prenne pas en compte notre expérience.
L’agriculture doit opérer une révolution complète ! Après une période faste liée à l’essor de la chimie, un nouveau cycle débute où le défi est de produire deux fois plus, avec quatre moins : moins de terres, moins d’eau, moins d’énergie, moins de chimie.
Pour cela, nous devons mettre en place une agriculture à haute intensité environnementale certes, mais surtout à haute intensité intellectuelle !
La recherche en agriculture doit être repensée pour tirer profit des forces de la nature, tant à travers l’utilisation de la complémentarité des plantes que des bienfaits de chaque zone de production.
Nous devons retrouver une adaptation locale de l’agriculture, par canton ou bassin-versant. En France, en Europe mais aussi dans le monde ! Le salut alimentaire passera par un développement de l’agriculture de chaque pays, afin que chacun puisse se nourrir par soi-même.
Réinvestissons dans l’agriculture vivrière !
“N’opposons pas les formes d’agriculture !”
Pour relever le défi de ce siècle, la sécurité alimentaire mondiale, nous avons besoin de tous les modèles agricoles : l’agronomie, notamment la diversité des assolements, et l’innovation en agrochimie.
S’il semble de plus en plus difficile de gagner des terres cultivables pour augmenter la production, c’est sur le paramètre “rendement” que l’on peut encore jouer.
La plante n’exprime souvent que 60 % de son potentiel car les facteurs environnementaux, chaleur, stress hydrique, gel, l’affaiblissent. Ce sont des aspects sur lesquels nous pouvons agir en innovant.
La recherche a encore de la ressource, notamment pour renforcer la vitalité des plantes. Elle est aussi un des moyens d’atténuer les effets du changement climatique sur les cultures, par exemple en luttant contre l’émergence de maladies.
Les traitements à l’épiaison du blé vont donc devenir incontournables pour sécuriser la production. Notre contrat, “produire plus et produire mieux”, implique donc de respecter le sol, la plante, l’environnement et l’être humain.
Cet engagement dans le développement durable, Bayer le porte depuis déjà plusieurs années par l’innovation et le partage des conseils et des outils de diagnostic avec la filière agricole française.
Produire mieux est une nécessité aujourd’hui : il n’y aura pas de pérennité sans durabilité.
Longtemps l’environnement a été considéré comme une contrainte. Désormais, il fait partie intégrante de la réflexion que nous devons avoir.
L’environnement, c’est un territoire, un climat, des données pédologiques, biologiques et sociales. Réussir à produire plus et mieux est plus une question d’attitude que d’aptitude : nous devons remettre en question nos méthodes de production pour trouver des solutions.
La recherche et les instituts techniques ont un rôle prépondérant : un grand nombre de solutions ont été laissées dans les tiroirs parce que pas indispensables au contexte de production.
Aujourd’hui la parenthèse du pétrole pas cher se referme et il faut repenser les modèles productifs. Les solutions biologiques sont à creuser : nous n’avons qu’effleuré la lutte biologique, travaillons aussi sur la biodiversité ! Et sur la diversité en général !
Nous avons parfois simplifié à outrance : repensons la rotation et la diversité des assolements pour arriver à cette agriculture écologiquement intensive.
Le cadre réglementaire est nécessaire, sous réserve qu’il soit assez souple et adapté à la variabilité des situations.
Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’eau, où il faut tenir compte à la fois des enjeux et des priorités d’usage et de la variabilité climatique pour sa gestion quantitative.
Sur un plan qualitatif, la directive-cadre européenne fixe les règles. Il faut, ensuite, définir et mettre en place les moyens et les curseurs, sans dogmatisme et en tenant compte du contexte.
Reprenons l’exemple des nitrates. Hormis quelques bassins versants bretons où il y a encore contentieux, partout ailleurs l’évolution est bien orientée. Mais il aura fallu plus de quinze ans pour que les effets soient visibles et mesurables.
Le temps du réglementaire est immédiat, celui du vivant est plus long. Il ne peut être raccourci que si l’on se met en marche de manière collective et cohérente, pour développer les bonnes pratiques par les agriculteurs avec un accompagnement de tous les acteurs.
L’eau est essentielle à la vie et l’enjeu est d’abord citoyen.
Chez Bayer, il est inscrit dans la culture même de l’entreprise puisque la première commission traitant de la ressource en eau date de 1901.
Côté réglementation, les normes sont très claires : pour les eaux souterraines comme pour les eaux de boissons, la dose limite est de 0,1 µg/litre, ce qui correspond à un morceau de sucre dans une piscine olympique !
D’ailleurs, selon le rapport 2006 de la Direction générale de la santé, 99,8 % de l’eau que nous buvons est potable.
Bien sûr, il est toujours possible de mieux faire et nous soutenons des actions à long terme comme les bassins versants, les bandes enherbées, l’école des bonnes pratiques phytosanitaires… Ainsi, la formation et l’information constituent des éléments clés, autant pour les applicateurs que pour le grand public.
Nous sommes convaincus que la société a besoin d’indicateurs qui mesurent parfaitement l’évolution de la qualité du milieu. Pourtant, prenons garde à ce qu’un excès de réglementation ne freine les démarches de progrès.
L’enjeu est à la fois citoyen et réglementaire.
L’un ne s’oppose pas à l’autre. Il n’y a pas de partie sans règles du jeu.
Deux autres éléments sont essentiels : l’incitation et la formation. L’incitation peut être positive, pour encourager les bons itinéraires, ou négative, pour sanctionner. Quant à la formation, elle est déterminante, car beaucoup d’abus ont pu avoir lieu par ignorance.
En France, nous avons trop longtemps fait la politique de l’autruche, considérant que l’eau était une ressource inépuisable. On a beaucoup puisé, et beaucoup pollué. Certes, des progrès ont été réalisés, et d’une manière significative d’ailleurs, avec les industriels.
Il est regrettable que l’agriculture n’ait pas été traitée de la même manière pour l’usage de l’eau et des produits chimiques.
Nous sommes culturellement un pays de paysans et l’administration n’a pas voulu toucher à ce secteur. Mais à partir du moment où l’agriculture s’est industrialisée, elle aurait dû être traitée comme telle.
L’eau est essentielle à la vie, son usage doit être encadré et partagé équitablement.
Plus que tout autre secteur, l’agriculture est au coeur de la lutte contre le réchauffement climatique. Désormais, l’agriculteur possède de nombreux outils pour recycler et améliorer la dégradation des déchets issus de la société civile : captage du carbone, dépollution, engrais vert, énergies renouvelables… Cette nouvelle activité représente un véritable enjeu économique et une opportunité pour l’exploitation : lorsque le climat s’emballe et impacte l’environnement, cette diversification pourra être source de compensations financières pour les agriculteurs. À condition bien entendu que la société civile accepte de livrer une contrepartie à cette activité de « recyclage », complémentaire de la production de matières premières alimentaires. Il est clair aujourd’hui que le réchauffement climatique est une menace pour tous. L’agriculture a une énorme carte à jouer en travaillant à un pacte gagnant-gagnant avec la société civile pour affirmer sa légitimité, dans la mesure où les politiques publiques l’accompagnent.
Face au réchauffement climatique, personne ne sera spectateur ! L’agriculture est tout d’abord “victime†de ce changement, via les modifications de saisonnalité, de pluviométrie et les déplacements des zones de cultures. Ensuite, du fait de son activité de production, l’agriculteur participe à ce bouleversement climatique à travers ses dégagements de gaz carbonique, de protoxyde d’azote ou encore de méthane. Ces émissions de gaz à effet de serre ont été prises au sérieux et le secteur agricole travaille aujourd’hui à les réduire, en diminuant ses apports d’azote, en utilisant des couvertures de sols et en améliorant l’élimination des déchets. Contrairement à d’autres secteurs, comme celui des transports, l’agriculture a la particularité d’être aussi pourvoyeuse de solutions. Son principal atout reste le stockage du carbone. En associant production alimentaire et captage de carbone, l’agriculture construira une solution économiquement gagnante pour tous.
Bayer est engagé depuis plusieurs années dans un vaste programme mondial de protection de l’environnement, appelé Bayer Climate Program. Un des principaux objectifs est la réduction des émissions de CO2, tant en consommation d’électricité qu’en recyclage de déchets. À travers sa division Bayer MaterialScience, l’entreprise travaille à la mise à disposition aux industries de nouveaux matériaux pour l’isolation thermique, la résistance aux intempéries ou la composition des cellules photovoltaïques. La maison Zéro Énergie en est la plus belle réalisation : elle lutte contre les déperditions d’énergie et agit pour une meilleure adaptation du bâtiment aux événements climatiques. Ces innovations arriveront en agriculture et pourront servir notamment pour les bâtiments d’élevage. Dans le domaine de la santé des plantes, nos chercheurs travaillent sur de nouvelles technologies de lutte contre les agressions des plantes, par exemple les stress hydriques, afin que l’agriculture s’adapte aux changements climatiques et réponde au défi alimentaire. En assurant le suivi de l’ensemble de ces projets environnementaux, Bayer CropScience se place comme un acteur relais de techniques innovantes pour l’agriculture.
Dès que l’on se situe dans une logique de contrôle, les indicateurs sont tout simplement indispensables. Des contrôles existent certes au préalable, au niveau des autorisations de mise en marché des produits phytosanitaires. Cette étape n’est pas une fi n en soi, même s’il est sans doute diffi cile de faire plus lourd et complexe à ce stade ! Les risques sanitaires et environnementaux sont observés, mais on ne peut en rester là . Car les produits sont évalués un par un, culture par culture, ce qui est insuffi sant pour estimer leur impact au niveau d’un terroir ou d’un territoire. L’effi cacité d’un indicateur dépend très largement de la capacité à en déterminer l’usage au préalable. Un indicateur de contamination peut simplement s’appuyer sur des tonnages de produits vendus. D’autres, plus précis, vont déterminer des expositions, comme la mesure des pesticides dans l’eau. Quoi qu’il en soit, l’interprétation des zones rouges ou vertes est loin d’être évidente. Bien sûr, la visualisation des seuils est nécessaire, mais il faut surtout veiller à la qualité de l’analyse qui doit suivre.
Oui, ils sont utiles. Mais il ne faut pas leur demander plus que ce qu’ils peuvent donner. Conjuguer fi abilité, simplicité et maniabilité reste diffi cile en environnement. Nous avons obtenu au Grenelle une diminution de l’usage des pesticides de 50 % et la défi nition d’un indicateur global, le Nodu(1). L’objectif ne sera atteint que par un changement des pratiques en agriculture. Les professionnels argumentent sur la diminution du risque et plaident pour des indicateurs d’impact, qui orienteraient plutôt vers l’arrivée de molécules à meilleur profi l. Mais nous n’aurons jamais une estimation exhaustive du risque. La complexité des écosystèmes ne le permet pas. Alors j’adapterais volontiers aux pesticides le slogan, « les antibiotiques, c’est pas systématique ». Enfin, il ne suffit pas de disposer d’indicateurs. J’en veux pour preuve l’observatoire STOC sur la biodiversité : depuis des années, la diminution des oiseaux communs en zone agricole est mise en évidence. À quoi cela sert-il d’ajouter des mesures pour les papillons ou les chauves-souris ? Derrière, il faut aussi penser à agir ! (1) Nodu, nombre de doses utilisées.
Le Grenelle de l’environnement a confi rmé toute l’importance de la prise en compte de l’environnement. La contribution de l’agriculture et son impact sur l’eau ou sur l’air s’avèrent difficiles à appréhender. Face à cette complexité, et pour réconcilier l’agriculture et le grand public, il est nécessaire de se donner des repères lisibles. Ecophyto 2018 a retenu un indicateur, le Nodu. Il possède le mérite d’être généralisable et la limite liée à toute moyenne, celle de masquer les disparités. Un bon indicateur doit mesurer l’évolution de situations comparables, être parfaitement positionné et élaboré de manière fi able. Il doit surtout se décliner par un plan d’actions dont la mise en oeuvre s’effectuera avec discernement et pourra conduire à des stratégies de protection adaptées à chaque situation. D’autres indicateurs devront mesurer les résultats. Conscient de la complexité du dossier, Bayer CropScience entend pour sa part s’inscrire pleinement dans ces démarches de progrès.











