Une agriculture ancrée dans la société
Que serait la France, pays des 400 fromages, du pain et du vin, des vertes vallées, sans son agriculture et son milieu rural ? L'agriculture a toujours été fortement intégrée dans la société française.
Mais aujourd'hui, cet ancrage est mis à l'épreuve du changement des modes de vie et des attentes des citoyens. L'agriculture doit évoluer pour continuer à coexister harmonieusement avec la société qui l'entoure.
Les Français sont attachés à leurs agriculteurs...
Lorsqu'on les interroge sur la profession qui leur inspire le plus confiance, les Français placent régulièrement l'agriculteur en troisième position, derrière le médecin et l'instituteur.
Malgré la baisse du nombre d'agriculteurs, ce métier reste très concret pour les Français : ils assistent aux travaux des champs lors de leurs balades, beaucoup ont de la famille dans l'agriculture, certains ont eu l'occasion de faire des "petits boulots" pendant les vendanges ou les récoltes... Loin d'être une abstraction, l'agriculture parle à chacun, d'ailleurs, on connaît tous au moins un agriculteur.
Les Français sont également conscients que l'agriculture est un atout essentiel pour le pays, en particulier au niveau économique. Elle est fréquemment au premier plan dans les médias et sur la scène politique.
Mais de plus en plus souvent, c'est à la faveur de sujets polémiques : les transformations récentes de l'agriculture ne sont pas toujours bien perçues...
... mais des malentendus sement le doute.
À la faveur des débats sur les OGM, la pollution des nappes phréatiques ou les agro carburants, pour n'en citer que quelques-uns, les Français ont découvert que
l'agriculture s'est considérablement transformée en quelques décennies. Ils ne retrouvent plus l'image traditionnelle de l'agriculteur.
Pour le philosophe François Ewald : « on ne sait plus ce que font les agriculteurs, ni qui ils sont. (...) L'agriculture était perçue comme une ressource, elle devient une menace ».
Alors que l'agriculture a réussi à relever le défi de l'autonomie alimentaire en produisant des denrées
en grande quantité, les attentes des citoyens se concentrent aujourd'hui sur la qualité et le respect de l'environnement.
Autre source de frictions potentielles : l'installation des néo-ruraux, en quête d'une meilleure qualité de vie à la campagne. Or, même si l'espace y est plus vaste, les obligations et contraintes de la vie en communauté sont plus fortes et chacun dépend beaucoup de ses voisins. Résultat : la cohabitation n'est pas toujours pacifique.
Renouer le dialogue
Le rétablissement du pacte de confiance entre les agriculteurs et leurs concitoyens passe par le dialogue et l'écoute de la demande sociale. S'ils ne veulent pas être désavoués et assimilés au monde industriel, les agriculteurs doivent construire un nouveau discours fondé sur des valeurs et des attentes partagées avec la société.
Comme le souligne François Ewald, la crise de la vache folle a montré combien « les agriculteurs n'étaient peut-être pas suffisamment préoccupés de leur image dans l'opinion » et n'avaient pas anticipé qu'ils allaient se retrouver, « sans l'avoir voulu ni même prévu, au centre du débat social ».
Pour véhiculer son nouveau discours, le monde agricole doit aussi se trouver des porte-parole qui représentent fidèlement la
diversité de l'agriculture française, de la petite ferme de polyculture élevage à la grande entreprise céréalière en passant par tout l'éventail des activités et des tailles d'exploitations.
Pourquoi pas imaginer une responsabilité sociale des agriculteurs (RSA) calquée sur la responsabilité sociale des entreprises ? Cette idée émise par certains va dans le sens d'une agriculture qui repense son rapport à la société dans une perspective de développement durable.